C'était le 4 septembre, un mercredi, le jour de la rentrée des classes. Marie, mon amie, et moi, Ariane, étions appuyées contre un petit muret, qui séparait la grande cour de la cour des sixièmes. Les petits sixièmes dont tout le monde se moquait. Tout le monde ? Non ! Pas moi, en tout cas. Nous avons tous été les sixièmes un jour, nous nous étions tous un jour perdus dans les couloirs du collège, et nous avons tous un jour fait comme un sixième.
Bref, c'était le jour de la rentrée et il n'y avait rien pour me réjouir, à part mon amie. Nous regardions nos pieds d'un air grognon, ignorant les « salut les zombies ! », signe d'accueil que nous lançaient les imbéciles.
Quand la cloche sonna, nous allâmes nous ranger dans le rang des 4°3. Je connaissais tout le monde dans la classe : le surdoué, les six filles qui nous déteste, les deux brutes, les trois imbéciles, l'extra-terrestre qui parle vachement bien, les sept filles et garçons adeptes de la mode et les cinq autres élèves à peu près sans truc particulier, les « normaux ». Maria et moi nous étions classées dans le groupe des zombies. En fait, nous n'étions que deux dans ce groupe.
Définition de zombies dans le « langage collège » : quelqu'un de bizarre qui ne parle pas et ne répond pas quand on lui parle.
Mais dans le groupe des élèves normaux, je remarquai quelqu'un pas comme les autres. C'était un garçon. Un garçon avec un bouton d'acné sur le nez, mais ça, ça n'a pas d'intérêt. Il avait l'air spécial (le garçon, pas le bouton). Je le fixai pendant tout le temps où nous étions rangés, pendant tout le temps des cours et pendant tout le temps de la récréation. Marie me poussais du coude.
- Eh oh ! Qu'est-ce que t'as ? me demandait-elle.
- Hm ? Quoi ? Qu'est-ce qu'ya ? répondis-je, complètement ailleurs.
Marie soupira.
- Toi, t'as du encore tomber amoureuse...
C'était vrai, je tombais souvent amoureuse. Dans ma petite vie qui ne comptait que quatorze ans, j'avais eu pas mal d'amour qui s'étaient tous terminés en déprime. Mais là, pour ce garçon, ce n'était pas pareil.
Pendant les deux heures de cours qui suivaient la récréation, Marie me regardait d'un air inquiet. J'avais presque envie de lui dire « ben quoi ? »
Non mais c'était vrai à la fin ! J'avais le droit de tomber amoureuse ! Mais d'après elle, non.
N'empêche que ces deux heures de cours sont passées très vite, à regarder ce garçon. Et j'avais eu le temps d'apprendre le prénom du garçon : David. Il s'appelait donc David. Pour la première fois de ma vie j'aimais ce prénom.
À la sortie des cours, Marie et moi rentrions chez nous quand on entendit une voix derrière nous...